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Le baclofène : la fin de l'alcoolisme ?

Le baclofène est un médicament qui fait beaucoup parler de lui. Utilisé à la base pour soigner les contractures spastiques (un symptôme que l'on retrouve dans les maladies neurologiques et notamment dans les cas de sclérose en plaques), il est désormais détourné de son utilisation première pour son action supposée sur la dépendance dans les cas d'alcoolémie. Il aiderait à limiter, voire même supprimer, l'envie de boire.

C'est un spécialiste de cardiologie franco-américain, Olivier Ameisen, qui a découvert les effets du baclofène sur l'alcoolisme. La baclofène est prescrit depuis 1974 en tant que relaxant musculaire, mais plusieurs personnes avaient déjà posé la question de son utilisation pour lutter contre l'envie de boire. C'est pourquoi le Pr Ameisen, qui souffrait d'une forte dépendance à l'alcool, a décidé de tester le produit sur lui-même. Son expérience est relatée en 2004 dans une grande revue médicale, sans que ça ne remue la communauté scientifique. Le médecin essaie alors d'obtenir que des tests cliniques soient réalisés, sans résultat.

C'est pourquoi en 2008, il décide de s'adresser au grand public au travers d'un roman, Le Denier Verre, dans lequel il relate son parcours, des origines de son alcoolisme jusqu'à sa guérison totale grâce au baclofène. Son roman rencontre un grand succès, de nombreux alcooliques y voyant un espoir de guérison. Des médecins décident de prescrire le fameux comprimé à leurs patients, et force est de constater que cela marche : on observe partout des cas de guérison partielle ou totale. Ce qui devrait donc être un pas en avant incroyable et positif dans la lutte contre les dépendances rencontre cependant une vive opposition de la part des autorités médicales.

Bien que des tests ici et là aient montré des résultats évidents sur la dépendance, aucune étude clinique de grande envergure n'a encore été conduite, il n'y a donc pas de résultats clairs et définitifs sur lesquels s'appuyer. De plus, le baclofène doit être prescrit dans des dosages très variables d'un patient à l'autre et les risques d'effets secondaires n'ont pas encore pu être mesurés correctement. Mais le principal problème est que ce traitement, même efficace, devrait être pris à vie, ce qui couterait une fortune à la Sécurité Sociale.

Des milliers de personnes dans l'illégalité

Les médecins prescrivent tout de même le médicament, les résultats sont là pour de nombreux alcooliques qui guérissent enfin, mais ils sont tous dans l'illégalité. Si un problème devait survenir (ce qui n'est encore jamais arrivé), le médecin prescripteur serait seul face à la justice et sa carrière prendrait fin. C'est donc un immense risque pour les professionnels de santé de prescrire le baclofène, malgré les résultats évidents. Il est à espérer qu'une étude clinique sera enfin menée par les autorités compétentes, afin de clarifier définitivement la situation. Celle-ci prendrait cependant des années, période pendant laquelle les médecins et leurs patients alcooliques resteraient dans l'illégalité totale.

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