Excite

Afghanistan : tout va bien pour l’opium, merci

  • Getty Images

Les États-Unis ont investi des milliards de dollars pour freiner le commerce de l’opium en Afghanistan qui profite en premier lieu aux talibans. En vain, puisque la drogue est plus répandue que jamais dans le pays selon une étude réalisée par les Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) publiée ce mercredi. Un niveau record qui n’augure rien de bon pour la stabilité et la sécurité du pays.

Selon l’ONUDC, 516.000 hectares de terre sont ou ont été utilisées cette année pour la culture du pavot, soit une hausse de 36% par rapport à 2012, plus encore que les 477.000 hectares en 2007 qui fut l’année record.

La production d'opium a augmenté de près de 50% passant de 3700 tonnes l’an dernier à 5.500 tonnes cette année (en 1979, lors de l’invasion soviétique, l’Afghanistan ne produisait qu’une centaine de tonnes d’opium).

Les talibans sont les plus grands bénéficiaires du commerce de la drogue en Afghanistan. Leader mondial de l’opium avec 75% de la production totale d’opium, l’Afghanistan est en passe de devenir un narco-Etat profitant aux chefs de guerre, à l’insurrection et à la corruption des hauts fonctionnaires et de la police.

Les États-Unis ont dépensé près de 7 milliard de dollars (environ 5 milliards d’euros) pour lutter contre la production d’opium depuis leur intervention dans le pays en 2001.

Éradication des champs de pavot, subventions pour les cultures de substitution, primes pour les régions sans opium, les mesures des américains soutenues par la communauté internationale n’ont pas suffit. Bien au contraire.

La campagne d’éradication du pavot en Afghanistan s’est révélée politiquement impopulaire et les efforts ont été entravés par la corruption et par les représailles des agriculteurs soutenus par les insurgés. Autre preuve d’impopularité, l’armée afghane avait retiré son soutien en matière de sécurité aux missions d’éradication, jugeant ou prétextant que les opérations étaient trop risquées (en effet 143 décès liés à ces missions ont été recensés en 2013 contre 102 en 2012).

Résultat : ces missions d’éradication ont diminué de 24% et la culture du pavot s’est diffusée comme un virus.

Quant aux cultures de substitutions promues par les américains, elles ne s’avèrent pas suffisamment alléchantes considérant le prix élevé de l’opium.

Le rapport de l’ONODC arrive à un mauvais moment pour les États-Unis présents dans le pays depuis plus d’une décennie. Barack Obama qui a promis le retrait de ses troupes en 2014 va devoir faire face aux questions d’instabilité politique et d’insécurité qui règne encore dans le pays. D’autant que le retrait de l’armée américaine entraînera une diminution des investissements étrangers ce qui pourrait pousser les agriculteurs à cultiver davantage le pavot.

A tout cela s’ajoute une augmentation de la consommation d’opiacés en Afghanistan, consommation qui a doublé entre 2005 et 2009 et le nombre de consommateurs d’héroïne a augmenté quant à lui de 140 % (rappelons que l’opium permet la fabrication légale de morphine et de codéine et la production illégale d’héroïne).

France - Excite Network Copyright ©1995 - 2017